Vue aérienne de différents types de bâtiments résidentiels français avec représentation visuelle de leur performance énergétique
Publié le 12 mars 2024

L’interdiction de location des passoires thermiques n’est pas une fatalité : c’est le début d’un transfert de valeur majeur sur le marché immobilier français.

  • Les biens classés G subissent déjà une décote pouvant atteindre -23% tandis que les biens performants (A/B) se vendent jusqu’à 15% plus cher.
  • Des travaux ciblés (isolation des combles, changement du système de chauffage) permettent de gagner 2 à 3 classes DPE sans une rénovation globale coûteuse.

Recommandation : Que vous soyez acheteur ou vendeur, cessez de subir le DPE. Auditez vos biens et utilisez le diagnostic comme un levier de négociation actif pour sécuriser ou créer de la valeur.

L’alerte est donnée et le compte à rebours est lancé. Pour des millions de propriétaires bailleurs, la réglementation sur le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est passée du statut de simple formalité administrative à celui de véritable couperet financier. Avec près de 17% du parc locatif français, soit des millions de logements classés F et G, menacés d’interdiction de location à court terme, l’inquiétude est palpable. Beaucoup voient leur patrimoine se déprécier et leurs revenus locatifs futurs s’évaporer, face à un mur de travaux obligatoires aux coûts souvent prohibitifs.

Face à cette situation, le conseil dominant est simple : « il faut rénover ». On vous parle des dates butoirs, 2025 pour les logements G, 2028 pour les F, et on vous liste les aides de l’État comme MaPrimeRénov’. Si ces informations sont exactes, elles masquent une réalité beaucoup plus stratégique. La crise des passoires thermiques n’est pas seulement une contrainte écologique ; c’est une redistribution massive des cartes de la valeur immobilière. Le DPE est devenu le nouvel arbitre qui décide de la décote des uns et de la surcote des autres.

Mais si la véritable clé n’était pas de subir cette réglementation, mais de la comprendre pour en faire un outil d’arbitrage patrimonial ? Et si la décote d’une passoire thermique n’était pas une perte sèche pour le vendeur, mais une opportunité d’achat à forte rentabilité pour l’investisseur averti ? Cet article va au-delà du calendrier des interdictions. Nous allons décortiquer les mécanismes de la perte de valeur, identifier les travaux au meilleur retour sur investissement et analyser les stratégies qui permettent, dès aujourd’hui, de transformer cette menace réglementaire en un puissant levier de création de valeur.

Pour naviguer dans ce nouveau paysage immobilier, il est essentiel de comprendre en détail les forces qui régissent la valeur de votre bien. Cet article est structuré pour vous guider pas à pas, des risques de décote aux stratégies d’investissement les plus rentables.

Pourquoi les logements classés G perdent jusqu’à 15% de leur valeur à la revente ?

La sanction du marché est sans appel : un mauvais DPE se traduit par une décote significative et immédiate sur le prix de vente. Ce n’est plus une hypothèse, mais un fait documenté. Pour un propriétaire vendeur, ignorer ce paramètre revient à accepter une perte sèche de plusieurs dizaines de milliers d’euros. L’incertitude liée aux futures obligations de travaux et à l’interdiction de location pèse lourdement dans la négociation. Les acheteurs, désormais bien informés, intègrent le coût de la rénovation énergétique directement dans leur offre d’achat, créant un levier de négociation redoutable.

Cette dépréciation, souvent appelée « valeur brune », n’est pas uniforme sur le territoire. Elle est d’autant plus marquée dans les régions où le marché est moins tendu. À caractéristiques égales, une maison classée G peut voir son prix chuter de manière drastique par rapport à une maison classée D. Les études confirment l’ampleur du phénomène : la décote peut atteindre des sommets pour les maisons individuelles, qui présentent souvent des surfaces à isoler plus importantes que les appartements. Selon une étude récente, la décote moyenne peut aller jusqu’à 15% pour une passoire thermique, représentant une perte considérable.

Pour mieux visualiser cet impact financier, il est utile de comparer les décotes observées selon le type de bien et la localisation. Les maisons, plus énergivores, sont les plus pénalisées.

Impact du DPE sur les prix par type de bien
Type de bien Décote moyenne G vs D Zones les plus impactées
Appartements -4% à -15% Strasbourg (-10%), Lyon (-6%)
Maisons -15% à -23% Grand-Est (-23%), Nouvelle-Aquitaine (-22%)
Petites surfaces -660€/m² max Paris (26 000€ pour 40m²)

Cette décote est la conséquence directe de l’asymétrie d’information qui se réduit : les acheteurs sont conscients qu’un DPE G n’est pas seulement synonyme de factures de chauffage élevées, mais aussi d’une sortie imminente du marché locatif et d’une obligation de travaux coûteux. La perte de valeur est donc la matérialisation d’un risque futur que l’acheteur refuse désormais de porter seul.

Comment gagner 2 lettres au DPE sans refaire toute l’isolation extérieure ?

Face au coût potentiellement colossal d’une rénovation globale, beaucoup de propriétaires se sentent démunis. L’idée de devoir investir 50 000 € ou plus pour sortir de l’état de « passoire thermique » est paralysante. Pourtant, l’approche « tout ou rien » est souvent une erreur. La clé d’une rénovation rentable est de cibler les postes de travaux qui offrent le meilleur gain énergétique pour un investissement maîtrisé. Gagner deux, voire trois lettres au DPE, est souvent possible sans toucher à l’isolation des murs par l’extérieur (ITE), l’opération la plus coûteuse.

La hiérarchie des déperditions thermiques dans un logement ancien est bien connue. Agir en priorité sur les points les plus faibles permet d’obtenir des résultats spectaculaires. L’isolation des combles perdus, par exemple, peut à elle seule réduire les pertes de chaleur de 20 à 30% pour un coût relativement modeste et une mise en œuvre rapide. De même, le remplacement d’un vieux chauffe-eau électrique « grille-pain » par un modèle thermodynamique a un impact direct et significatif sur la note DPE. L’installation d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC), notamment double flux, est aussi un levier puissant, car elle limite le renouvellement d’air froid tout en assurant une bonne qualité de l’air intérieur.

Installation de matériaux d'isolation modernes et système de ventilation dans une maison en rénovation

L’image ci-dessus illustre parfaitement la combinaison de techniques modernes : l’application rigoureuse de matériaux isolants et l’intégration d’un système de ventilation performant. C’est la synergie de ces actions ciblées qui permet une amélioration significative de la performance énergétique. Penser en « bouquet de travaux » intelligents plutôt qu’en rénovation globale systématique est la stratégie la plus pragmatique pour de nombreux bailleurs.

Votre plan d’action pour sauter deux classes DPE

  1. Audit initial : Faites réaliser un DPE projeté par un diagnostiqueur certifié pour simuler l’impact de différents scénarios de travaux et identifier les plus rentables.
  2. Priorité 1 (Toiture) : Obtenez des devis pour l’isolation des combles perdus ou de la toiture. C’est souvent le gain le plus rapide et le moins cher.
  3. Priorité 2 (Chauffage & ECS) : Faites chiffrer le remplacement du système de chauffage et/ou de production d’eau chaude sanitaire par une solution performante (pompe à chaleur, chaudière biomasse, chauffe-eau thermodynamique).
  4. Priorité 3 (Ventilation & Ouvertures) : Évaluez le coût d’installation d’une VMC et le remplacement des fenêtres simple vitrage restantes.
  5. Arbitrage final : Comparez le coût total du bouquet de travaux le plus efficace à la plus-value potentielle (gain de classe DPE) pour valider la rentabilité de l’opération avant de vous lancer.

En se concentrant sur ces actions à fort impact, un propriétaire peut non seulement se conformer à la loi, mais aussi revaloriser son bien de manière significative, transformant une dépense contrainte en un investissement stratégique.

Norme RE2020 ou Ancien à rénover : quel actif gardera sa valeur en 2030 ?

La crise des passoires thermiques pousse les investisseurs à un arbitrage patrimonial fondamental : faut-il encore miser sur l’ancien à rénover, avec ses promesses de décote à l’achat, ou se tourner vers le neuf conforme à la RE2020, plus cher mais théoriquement à l’abri des futures réglementations ? La réponse dépend de l’horizon de temps et de l’aversion au risque de chacun, mais les tendances de fond sont claires.

La Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) n’est pas qu’une simple norme de construction ; c’est une garantie de pérennité. Elle impose non seulement une consommation énergétique quasi nulle, mais aussi une analyse du cycle de vie des matériaux et une meilleure gestion du confort d’été. Un bien RE2020, avec une étiquette DPE A ou B, est conçu pour répondre aux exigences de 2030, 2040 et au-delà. Cette performance intrinsèque se monétise. Les études montrent que les biens neufs très performants bénéficient déjà d’une surcote à la revente, estimée entre +10 à +15% de valeur immobilière par rapport à des biens standards. Cette « valeur verte » est un gage de liquidité et de valorisation à long terme.

Comme le souligne un expert du secteur, la portée de cette norme dépasse largement la technique.

La RE2020 n’est pas seulement une norme technique. C’est un cadre qui prépare les logements à la France de 2030, 2040, 2050.

– Médicis Immobilier Neuf, Analyse de la réglementation RE2020

Étude de cas : Le coût global d’un bien neuf vs. ancien

Construire en respectant la RE2020 entraîne un surcoût initial estimé entre 5% et 10% par rapport à une construction classique. Cependant, cet investissement est généralement rentabilisé en 7 à 10 ans. Ce calcul ne tient pas compte uniquement des économies sur les factures d’énergie, mais aussi de l’absence de gros travaux de rénovation à prévoir pendant des décennies et de la meilleure valorisation à la revente. Le coût de possession total sur 15 ou 20 ans est donc souvent inférieur pour un bien neuf performant, malgré un prix d’achat plus élevé.

L’ancien à rénover garde cependant son attrait pour les investisseurs capables de maîtriser les coûts de travaux et de piloter un projet de réhabilitation. L’opportunité réside dans la capacité à acheter avec une forte décote et à créer de la valeur en améliorant significativement le DPE. C’est une stratégie plus risquée et plus intensive en gestion, mais qui peut offrir des rendements supérieurs à court terme.

L’erreur d’ignorer l’interdiction d’augmentation de loyer pour les classes F et G

Pour de nombreux bailleurs, le véritable signal d’alarme n’a pas été l’annonce lointaine des interdictions de location, mais une mesure bien plus immédiate et douloureuse : le gel des loyers pour les logements classés F et G, effectif depuis août 2022. Cette mesure, passée relativement inaperçue au début, constitue une bombe à retardement pour la rentabilité locative. Elle interdit non seulement toute augmentation de loyer lors du renouvellement du bail ou de la relocation, mais aussi l’application de l’indexation annuelle basée sur l’IRL (Indice de Référence des Loyers).

Dans un contexte d’inflation, ce gel se traduit par une érosion continue et garantie du rendement net de l’investissement. Alors que les charges (taxe foncière, entretien, assurances) augmentent, le loyer, lui, reste figé. L’impact est colossal sur le long terme. Le problème concerne une part considérable du parc immobilier. Selon les données les plus récentes, la France compterait près de 5,8 millions de passoires thermiques (15,6% du parc), dont une grande partie dans le secteur locatif privé. Pour tous ces biens, la rentabilité est désormais structurellement orientée à la baisse.

Ignorer cette interdiction est une erreur stratégique majeure. Au-delà de la perte financière, elle expose le propriétaire à des risques juridiques. Un locataire en place est en droit de contester toute tentative d’augmentation et peut même, à terme, exiger la réalisation de travaux pour atteindre un niveau de « décence » énergétique. Les conséquences du gel des loyers et des interdictions à venir sont donc multiples :

  • Perte de revenus : Impossibilité de répercuter l’inflation et l’augmentation des charges, ce qui diminue le cash-flow année après année.
  • Dévalorisation de l’actif : Un bien dont le loyer est gelé et qui sera bientôt interdit à la location est perçu comme un actif à risque, ce qui accentue sa décote à la revente.
  • Risque de vacance locative : À l’approche des échéances de 2025 et 2028, il deviendra de plus en plus difficile de trouver des locataires, qui se tourneront vers des biens plus performants.
  • Risque de contentieux : Le locataire peut se retourner contre le propriétaire pour non-respect des critères de décence énergétique et exiger des travaux via une décision de justice.

L’attentisme est donc la pire des stratégies. Le gel des loyers n’est que la première étape d’un processus réglementaire qui vise à éradiquer les passoires thermiques du marché locatif. Chaque jour qui passe sans plan d’action est un jour où le patrimoine du bailleur perd de sa substance.

Cibler les passoires thermiques : la stratégie pour acheter 20% sous le prix du marché

Tandis que les propriétaires de passoires thermiques subissent la décote de plein fouet, les investisseurs les plus avisés ont renversé la perspective. Pour eux, un DPE F ou G n’est pas un problème, c’est une opportunité. La contrainte réglementaire a créé un nouveau segment de marché : celui des biens « à potentiel », vendus avec une décote significative qui peut atteindre, voire dépasser, les 20% dans certains cas. L’objectif est simple : acheter bas, maîtriser le coût de la rénovation, et se retrouver avec un bien performant dont la valeur finale est supérieure à la somme du prix d’achat et des travaux.

Cette stratégie est particulièrement pertinente dans un contexte de taux d’intérêt élevés et de prix immobiliers qui restent hauts. La décote offerte par une passoire thermique peut être le seul moyen pour certains acquéreurs de pouvoir accéder à la propriété ou de réaliser un investissement locatif rentable. Le devis des travaux de rénovation énergétique devient alors la principale arme de négociation. En présentant au vendeur une estimation chiffrée et réaliste des travaux nécessaires pour atteindre une classe D ou C, l’acheteur justifie son offre agressive. Il n’achète pas seulement un logement, il achète aussi un « projet de travaux » dont il monétise le risque.

Stratégie d’achat décoté : l’analyse de PAP

Face à la flambée des coûts du crédit, de plus en plus de Français se tournent activement vers les logements classés G ou F. Ces biens subissent des décotes importantes, variant de 5 à 20% par rapport aux prix moyens du secteur. Ce phénomène s’est accéléré : la part des passoires thermiques dans les ventes est passée de 11% à 16% en seulement un an, entre début 2021 et début 2022. Cela démontre que le marché s’ajuste et que les acheteurs intègrent cette nouvelle donne dans leur stratégie d’acquisition, transformant la contrainte DPE en principal levier pour faire baisser les prix.

Cette approche n’est cependant pas sans risques. Elle exige une excellente capacité à estimer le coût réel des travaux, à piloter un chantier et, dans le cas d’une copropriété, à s’assurer que les rénovations nécessaires (notamment sur les parties communes comme la façade ou la toiture) pourront être votées et réalisées. Le risque principal est de sous-estimer l’enveloppe travaux et de voir la rentabilité du projet s’effondrer. C’est une stratégie pour investisseurs avertis, pas pour les amateurs.

Pourquoi les maisons classées A ou B se vendent-elles 15% plus cher à caractéristiques égales ?

À l’opposé du spectre des passoires thermiques, un autre phénomène prend de l’ampleur : la « valeur verte« . C’est la surcote dont bénéficient les logements les plus performants sur le plan énergétique. Un bien classé A ou B n’est plus simplement perçu comme « agréable à vivre » ; il est considéré comme un actif patrimonial supérieur, plus sûr et plus rentable sur le long terme. Cette perception se traduit concrètement par un prix de vente plus élevé, toutes choses étant égales par ailleurs (localisation, surface, etc.).

Plusieurs facteurs expliquent cette prime à la performance. Le premier est évidemment économique : les factures d’énergie. Un acheteur sait qu’en choisissant une maison classée A, il réalisera des économies substantielles chaque année par rapport à une maison standard classée D. Cette économie récurrente est capitalisée et intégrée dans le prix d’achat. C’est une garantie de maîtrise de son budget à long terme, un argument particulièrement puissant en période de forte volatilité des prix de l’énergie. L’étude des Notaires de France confirme cette tendance, avec une plus-value moyenne de +6% pour les maisons A/B par rapport à la classe D sur les transactions de 2023.

Maison moderne avec panneaux solaires et isolation visible par transparence architecturale

Le second facteur est la tranquillité d’esprit. Acheter un bien performant, c’est s’acheter une assurance contre les futures réglementations. Le propriétaire d’un bien A ou B sait qu’il est à l’abri des interdictions de location, des obligations de travaux et de la dépréciation qui frappe les biens énergivores. Cette sécurité a un prix. Enfin, le confort de vie (absence de parois froides, température stable, bonne qualité de l’air) est un bénéfice non négligeable qui participe à la valorisation du bien.

Le tableau suivant illustre de manière frappante l’écart de coût de fonctionnement annuel, qui est le principal moteur de la valeur verte.

Économies d’énergie selon le DPE (base : maison de 100m²)
Classe DPE Facture annuelle (100m²) Économie vs classe D
A 250€ 750€/an
B 400€ 600€/an
D 1000€ Référence
G 2500€ -1500€/an

La surcote des biens performants n’est donc pas une mode, mais la conséquence logique d’un marché qui intègre désormais le coût de possession total (achat + énergie + travaux) dans la valorisation d’un actif immobilier.

Loi Denormandie : investir dans les centres-villes dégradés est-il un bon pari patrimonial ?

Dans l’arsenal des dispositifs fiscaux, la loi Denormandie apparaît comme une piste intéressante pour les investisseurs qui ciblent l’ancien à rénover. Ce mécanisme offre une réduction d’impôt substantielle (jusqu’à 21% du montant de l’opération) pour l’achat et la rénovation d’un logement situé dans l’un des 245 centres-villes éligibles au programme « Action Cœur de Ville ». La condition clé : les travaux doivent représenter au moins 25% du coût total de l’opération et permettre une amélioration de la performance énergétique.

Sur le papier, le « Denormandie dans l’ancien » semble être la solution parfaite pour cumuler les avantages : acheter un bien décoté (potentiellement une passoire thermique), réaliser des travaux financés en partie par une réduction d’impôt, et se retrouver avec un bien performant et valorisé. C’est une stratégie de création de valeur accélérée par un avantage fiscal. L’obligation d’améliorer la performance énergétique du logement fait directement écho à la problématique du DPE, permettant de faire d’une pierre deux coups : se conformer à la loi Climat et bénéficier d’un bonus fiscal.

Cependant, cet arbitrage patrimonial doit être mené avec prudence. Le principal risque du dispositif Denormandie ne réside pas dans les travaux eux-mêmes, mais dans la localisation des biens. Les villes concernées sont souvent des villes moyennes dont le marché locatif peut être moins dynamique que celui des grandes métropoles. Le risque de vacance locative ou de difficultés à trouver des locataires solvables est plus élevé. Un avantage fiscal, aussi attractif soit-il, ne compensera jamais un mauvais emplacement ou une demande locative inexistante. L’investisseur doit donc mener une analyse de marché approfondie avant de s’engager.

De plus, le plafond des travaux (pris en compte jusqu’à 300 000 €) et la complexité administrative peuvent être des freins. Le pari Denormandie est donc bon, mais à condition que l’emplacement soit de premier ordre au sein de la ville éligible, et que l’investisseur ait une vision claire du marché locatif local. C’est une excellente niche pour un investisseur bien renseigné, mais un piège potentiel pour celui qui ne regarderait que la carotte fiscale.

À retenir

  • La décote des passoires thermiques est une réalité mesurable (jusqu’à -23%), créant un risque pour les vendeurs et une opportunité pour les acheteurs.
  • Une rénovation rentable passe par des travaux ciblés (combles, chauffage, VMC) qui offrent le meilleur gain de DPE pour l’investissement engagé.
  • Le DPE est devenu l’arbitre central de la valeur immobilière, justifiant la « valeur verte » (surcote) des biens performants et la « valeur brune » (décote) des biens énergivores.

Réhabilitation thermique avant vente : est-ce rentable d’investir 30 000 € pour changer de classe DPE ?

C’est la question à un million d’euros, ou plutôt à 30 000 €, pour de nombreux propriétaires de passoires thermiques : faut-il vendre en l’état en acceptant une forte décote, ou investir dans des travaux pour viser un meilleur DPE et un meilleur prix ? La réponse est sans équivoque : dans la majorité des cas, investir dans une réhabilitation thermique ciblée avant la vente est une opération financièrement très rentable. Le retour sur investissement est souvent bien supérieur à 1.

Le calcul est simple. La décote subie pour un bien classé F ou G est presque toujours supérieure au coût d’un bouquet de travaux intelligent permettant de remonter en classe D ou C. L’argent investi dans la rénovation n’est pas « perdu » ; il est directement réinjecté dans la valeur du bien, avec un effet multiplicateur. En sortant du statut de passoire thermique, le logement redevient éligible au marché locatif classique, accessible à tous les types d’acheteurs (y compris ceux financés par un Prêt à Taux Zéro), et rassure quant à son coût de possession futur. Cette sortie de la zone de risque a une valeur considérable.

Analyse du retour sur investissement (ROI)

Prenons un exemple concret : une maison de 100 m² dans une zone où le prix moyen pour une classe D est de 300 000 €. Si cette même maison est classée F, sa valeur de marché pourrait chuter à 250 000 €, soit une décote de 50 000 €. En investissant 30 000 € dans un bouquet de travaux bien pensé (isolation des combles, nouveau système de chauffage) pour passer de la classe F à la classe C, le propriétaire peut espérer vendre son bien au prix du marché, voire légèrement plus. L’investissement de 30 000 € lui permet de récupérer les 50 000 € de décote potentielle, générant ainsi un gain net de 20 000 € sur l’opération.

Pour que cette stratégie soit gagnante, la nature des travaux est essentielle. Une rénovation globale et coordonnée est souvent la plus efficace pour obtenir un saut de classe spectaculaire.

Si votre logement pâtit d’une note G, seul un bouquet de travaux coordonnés lui permettra de sortir de son statut de passoire thermique. Une rénovation globale permet de gagner 3 ou 4 classes au sens du DPE.

– Effy, Guide des travaux pour améliorer son DPE

L’attentisme et la vente « en l’état » sont donc rarement la meilleure option financière. Un propriétaire a tout intérêt à se comporter en investisseur, en analysant le coût des travaux non comme une dépense, mais comme un investissement destiné à maximiser le prix de vente final de son actif.

Questions fréquentes sur l’investissement dans les passoires thermiques

Comment négocier le prix d’une passoire thermique ?

La méthode la plus efficace est de faire établir plusieurs devis de travaux de rénovation énergétique par des artisans qualifiés. Transmettez ces devis au vendeur pour objectiver votre offre d’achat. Une offre justifiée par des estimations chiffrées, visant une décote de 15 à 20% sous le prix affiché, a beaucoup plus de poids.

Quels sont les risques spécifiques en copropriété ?

Le plus grand risque est d’acheter un appartement dans une grande copropriété dégradée où les décisions de travaux sur les parties communes (isolation par l’extérieur, ravalement de façade, réfection de la toiture) sont bloquées en assemblée générale. Même si vous rénovez parfaitement votre appartement, son DPE restera pénalisé si l’enveloppe du bâtiment est une passoire. Privilégiez les petites copropriétés ou celles ayant déjà un plan pluriannuel de travaux voté.

Quel est l’impact de la révision du DPE de 2024 ?

La révision des seuils du DPE en 2024, notamment pour les petites surfaces, a fait sortir environ 140 000 logements du statut de passoire énergétique. L’impact est double : il y aura mécaniquement un peu moins de biens classés F et G disponibles à la vente avec une forte décote, mais cela redonne aussi de l’air à certains propriétaires qui peuvent de nouveau louer leur bien sans travaux immédiats.

Rédigé par Éric Besson, Ingénieur thermicien et auditeur énergétique certifié. Expert en rénovation durable, pathologie du bâtiment et réglementation environnementale (DPE, RE2020).