Vue aérienne d'un quartier résidentiel français avec différents types de biens immobiliers montrant la complexité de l'estimation
Publié le 15 mars 2024

L’écart de 20% des estimateurs en ligne n’est pas une simple « marge d’erreur », mais le résultat prévisible de biais algorithmiques structurels et de stratégies commerciales distinctes.

  • Les portails immobiliers ont tendance à gonfler les prix pour capter des mandats de vente.
  • Les iBuyers, à l’inverse, sous-évaluent pour garantir une marge lors d’un achat rapide.
  • Les caractéristiques uniques (cachet, vue, architecture) d’un bien atypique sont systématiquement ignorées par les modèles de données.

Recommandation : La seule méthode fiable consiste à croiser au minimum trois types de sources en ligne (portail, agrégateur, iBuyer) pour identifier ces biais, puis à faire valider la fourchette obtenue par un avis de valeur humain (agent ou notaire) qui intègre les réalités du marché local.

La promesse est séduisante : en quelques clics, obtenir une estimation de la valeur de votre bien immobilier. Pour un propriétaire pressé, l’attrait des outils d’estimation en ligne est indéniable. Rapidité, gratuité, anonymat… les avantages semblent évidents. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une complexité qui peut coûter cher. La question n’est plus de savoir s’il faut utiliser ces outils, mais de comprendre comment ils fonctionnent réellement et, surtout, quelles sont leurs limites intrinsèques. Beaucoup d’utilisateurs constatent des écarts de prix déconcertants d’un site à l’autre, sans en saisir la cause profonde.

La discussion se concentre souvent sur les conseils évidents : « il faut compléter par un avis d’agent » ou « l’outil ne voit pas vos travaux ». Si ces affirmations sont justes, elles restent en surface. Elles ne répondent pas à la question fondamentale qui préoccupe le vendeur averti : pourquoi cet écart existe-t-il ? Est-ce une simple imprécision technique ou le reflet de stratégies divergentes ? La vérité est que chaque estimateur est un algorithme avec ses propres biais. Comprendre ces biais n’est pas une option, c’est une nécessité stratégique pour ne pas tomber dans le piège le plus courant et le plus coûteux : la surévaluation.

Cet article va au-delà des lieux communs. Il ne se contente pas de vous dire que les outils ont des limites ; il vous explique lesquelles, pourquoi elles existent et comment les déjouer. Nous allons décortiquer la logique interne des différents types d’estimateurs, confronter l’avis de l’agent à celui du notaire, et quantifier le risque financier d’une mauvaise estimation de départ. L’objectif est de vous armer d’une grille d’analyse critique pour transformer un chiffre brut en une véritable stratégie de prix, en pleine conscience des forces et des faiblesses de chaque acteur du marché.

Pour naviguer efficacement à travers cette analyse, ce guide est structuré pour vous apporter des réponses claires et progressives. Vous découvrirez les failles des algorithmes, les méthodes pour affiner votre propre évaluation, et les conséquences concrètes d’une stratégie de prix mal calibrée.

Pourquoi les estimateurs en ligne échouent systématiquement sur les maisons atypiques ?

Les modèles d’estimation automatisés (AVM – Automated Valuation Models) fondent leur analyse sur un principe simple : la comparaison. Ils analysent des milliers de transactions passées, extraites notamment de la base de données DVF (Demande de Valeur Foncière), pour trouver des biens similaires au vôtre et en déduire une valeur moyenne. Cette méthode est relativement efficace pour un appartement standard dans un grand immeuble parisien, où les comparables sont nombreux. Mais dès que votre bien sort de la norme, l’algorithme perd pied. Une péniche, un loft industriel, une maison d’architecte ou un ancien moulin rénové sont des énigmes pour un système qui ne raisonne qu’en termes de surface, de nombre de pièces et de localisation.

L’incapacité à quantifier l’inquantifiable est la principale faiblesse de ces outils. Le cachet historique, une vue imprenable, le potentiel d’aménagement d’une grange ou la qualité d’une rénovation signée par un architecte de renom sont des critères non-quantifiables que l’algorithme ne peut intégrer. Il se contente de comparer votre bien à des maisons « classiques » du même secteur, ignorant ce qui fait sa valeur unique et son attractivité. Cela conduit à des aberrations, avec des écarts de prix qui peuvent être considérables. Une étude récente a d’ailleurs mis en lumière qu’il peut exister près de 20% d’écart entre estimations en ligne pour un même bien, un chiffre qui explose pour les propriétés atypiques.

Étude de cas : l’écart de prix sur un bien à 1 million d’euros

L’analyse d’un bien évalué à environ 1 million d’euros par des experts humains a révélé des résultats spectaculaires sur les plateformes en ligne. Les prix proposés par différents outils ont varié de 1 138 000 € à 1 421 000 €, soit un écart colossal de 280 000 €. Cette variation massive illustre parfaitement les limites des algorithmes face aux biens de prestige ou atypiques, qui ne correspondent pas aux modèles standards de comparaison et pour lesquels les données de la base DVF sont insuffisantes pour capturer leur caractère unique.

En résumé, l’échec programmé des algorithmes sur les biens atypiques repose sur trois piliers : l’absence de comparables directs dans les bases de données, l’incapacité à valoriser des caractéristiques subjectives et l’aveuglement de la base DVF qui ne contient aucune information sur le caractère « exceptionnel » d’une vente, la noyant dans la masse des transactions standards. Pour ces biens, l’expertise humaine n’est pas un complément, mais une nécessité absolue.

Comment croiser 3 sources d’estimation gratuites pour affiner votre fourchette de prix ?

Puisque aucun estimateur en ligne n’est parfait, la stratégie la plus intelligente n’est pas de leur faire une confiance aveugle, mais d’exploiter leurs biais respectifs pour construire une vision plus juste. En comprenant la « personnalité » de chaque type d’outil, vous pouvez déceler les tendances et vous rapprocher d’une fourchette de prix réaliste. Plutôt que de chercher un chiffre unique, l’objectif est d’identifier un intervalle de confiance. Pour cela, il est recommandé de consulter au moins trois types d’acteurs aux logiques différentes : les portails immobiliers, les agrégateurs de données et les « iBuyers ».

Chacun de ces acteurs a un modèle économique qui influence directement le résultat de son estimation. Ignorer ce fait, c’est comme demander conseil à trois vendeurs sans savoir ce qu’ils essaient de vous vendre. L’un cherche à vous flatter pour obtenir un mandat, l’autre à vous donner une moyenne statistique pour asseoir sa crédibilité, et le dernier à vous faire une offre d’achat rapide. La confrontation de ces trois estimations n’a de sens que si vous savez décrypter l’intention derrière chaque chiffre.

Bureau moderne avec trois tablettes affichant différentes estimations immobilières côte à côte

Le tableau suivant synthétise les biais probables de chaque catégorie d’estimateur. En les consultant, vous ne verrez plus un simple « prix », mais une proposition orientée par une stratégie commerciale. Cette analyse comparative est votre premier filtre pour passer d’un chiffre brut à une information exploitable.

Comparaison des 3 types d’estimateurs en ligne et leurs biais
Type d’estimateur Exemple Biais probable Écart observé
Portail immobilier SeLoger Gonfle le prix pour générer des leads vendeurs +5 à +10%
Agrégateur de données MeilleursAgents Prix médian basé sur moyennes larges ±5%
iBuyer Proprioo Baisse le prix pour achat rapide -10 à -15%

En pratique, si un portail vous donne 550 000 €, un agrégateur 510 000 € et un iBuyer 470 000 €, ne faites pas la moyenne. Comprenez plutôt que la valeur de marché « objective » se situe probablement autour de la valeur de l’agrégateur (510 000 €), que la valeur haute de commercialisation se trouve vers 530 000 € et que le filet de sécurité pour une vente rapide est à 470 000 €. Vous disposez maintenant d’une fourchette de travail intelligente, et non plus de trois chiffres contradictoires.

Estimation agent immobilier vs notaire : qui détient la vérité du marché local ?

L’agent se concentre sur le ‘prix de commercialisation’ en intégrant des facteurs émotionnels, tandis que le notaire se base sur des méthodes formelles et des données historiques pour une valeur plus ‘objective’ et moins spéculative.

– David Lelong, Immobilier Danger

Après avoir dégrossi votre fourchette de prix grâce aux outils en ligne, l’intervention humaine devient indispensable. Mais vers qui se tourner ? L’agent immobilier et le notaire sont les deux experts de référence, mais ils n’exercent pas le même métier et ne produisent pas le même type d’évaluation. Comprendre cette distinction est crucial pour savoir quelle information vous cherchez réellement. Penser qu’ils fournissent la même « estimation » est une erreur fréquente. En réalité, ils évaluent deux concepts différents : la valeur de commercialisation et la valeur vénale.

L’agent immobilier est un homme de terrain et un commercial. Son objectif est de vendre votre bien, dans les meilleures conditions et délais possibles. Son évaluation, appelée « avis de valeur », est une recommandation stratégique. Il intègre non seulement les données brutes du marché (transactions récentes), mais aussi des facteurs dynamiques : la demande actuelle pour ce type de bien, le profil des acquéreurs dans le quartier, le « coup de cœur » potentiel, et la concurrence des autres biens en vente. Son prix vise l’efficacité commerciale. C’est un document commercial, sans valeur juridique, destiné à obtenir un mandat de vente.

Le notaire, en tant qu’officier public, a une approche plus juridique et patrimoniale. Son document, l' »expertise de valeur vénale », a une portée légale et est souvent requis dans des contextes formels (succession, divorce, déclaration fiscale). Pour l’établir, il se base principalement sur des données factuelles et historiques, notamment un accès privilégié et complet à la base de données immobilières des notaires (Perl/Perval), bien plus détaillée que la DVF publique. Son approche est plus conservatrice, moins sensible aux « effets de mode » du marché à l’instant T. Il cherche à définir une valeur stable et défendable sur le plan juridique, pas nécessairement le prix le plus élevé possible pour une vente rapide.

En conclusion, il n’y a pas une « vérité » unique. L’agent vous donne le prix le plus probable auquel votre bien se vendra *aujourd’hui*, en tenant compte de l’émotion et de la concurrence. Le notaire vous donne la valeur « objective » et patrimoniale de votre bien, basée sur l’historique des transactions authentifiées. Pour un projet de vente, l’avis de l’agent est souvent plus opérationnel, mais le faire challenger par une expertise notariale peut fournir un excellent garde-fou contre l’optimisme excessif.

L’erreur de surévaluation qui gèle la vente de votre bien pendant plus de 6 mois

L’attachement affectif à son bien ou la confiance excessive dans une estimation en ligne flatteuse pousse de nombreux vendeurs à commettre l’erreur cardinale : fixer un prix de départ trop élevé. L’idée reçue est qu' »on peut toujours baisser plus tard ». C’est un calcul qui ignore totalement la psychologie des acheteurs et la dynamique des portails immobiliers. Un bien surévalué ne se contente pas de ne pas se vendre ; il s’abîme publiquement et perd de sa valeur perçue au fil des semaines.

Le cycle de vie d’un bien « brûlé » par un prix excessif est tristement prévisible. Durant les premières semaines, cruciales pour capter l’attention des acheteurs les plus motivés, le bien ne génère que peu de visites qualifiées. Les acheteurs potentiels, bien informés grâce aux mêmes outils que vous, l’écartent d’emblée, le jugeant hors marché. Après deux ou trois mois de silence, le vendeur, inquiet, consent à une première baisse de prix. Mais le mal est fait. L’annonce, déjà ancienne, a perdu sa fraîcheur et son attractivité. Pire, la baisse de prix envoie un signal de faiblesse et attire les négociateurs agressifs. Les données sont sans appel : une annonce de plus de 90 jours entraîne 15% de négociation supplémentaire en moyenne.

Le parcours type d’un bien surévalué de 10%

Un bien dont le juste prix est de 400 000 €, affiché initialement à 440 000 €, suit un parcours typique. Durant les mois 1 et 2, il reçoit des visites de curieux mais aucune offre. Au mois 3, le vendeur accepte une première baisse à 420 000 €. L’annonce est maintenant perçue comme « ancienne » et suspecte. Entre les mois 4 et 6, le bien est « grillé ». La pression monte et le vendeur, épuisé, finit par accepter une offre à 375 000 € pour s’en débarrasser. Résultat final : une vente à -6,25% du prix optimal, après 6 mois de stress et de perte de temps, alors qu’un départ à 400 000 € aurait probablement abouti à une vente en moins de 3 mois.

Le coût de la surévaluation n’est donc pas seulement une perte de temps. C’est une perte financière nette. Le prix final obtenu est souvent inférieur à celui qui aurait été atteint avec un positionnement juste dès le départ. Le bien perd son « momentum » initial, se déprécie aux yeux du marché et met le vendeur en position de faiblesse psychologique et commerciale.

Remplir un formulaire d’estimation : quels travaux valoriser pour augmenter le montant final ?

Lorsque vous utilisez un estimateur en ligne, vous n’interagissez pas avec un expert, mais avec un formulaire qui alimente un algorithme. Pour obtenir le résultat le plus juste possible, il faut apprendre à « parler » son langage. L’algorithme ne « comprend » pas la nuance d’une rénovation de goût ; il applique des pondérations à des critères standardisés. Tous les travaux que vous déclarez n’ont pas le même poids dans son calcul. Certains auront un impact significatif, tandis que d’autres, même coûteux, seront quasiment ignorés.

La hiérarchie de valorisation d’un algorithme est très claire. Les données structurelles (surface Loi Carrez, nombre de pièces, étage, présence d’un extérieur) représentent le socle de l’estimation, comptant pour environ 60% du calcul. Vient ensuite un critère devenu majeur ces dernières années : la performance énergétique. Un bon DPE (Diagnostic de Performance Énergétique), idéalement en classe C ou D, peut influencer jusqu’à 25% de la valorisation. Une rénovation énergétique (isolation, changement de fenêtres, système de chauffage performant) aura donc bien plus d’impact sur le chiffre final qu’une cuisine de luxe ou une salle de bain design.

Maison française traditionnelle avec panneaux solaires et isolation visible en coupe architecturale

L’état général et les équipements viennent ensuite. L’algorithme applique un bonus ou un malus souvent simpliste basé sur l’état déclaré (« à rafraîchir », « bon état », « refait à neuf »). Les équipements comme une piscine, un garage ou une cave sont traités comme des « cases à cocher » : leur présence ajoute une plus-value forfaitaire, sans grande nuance sur leur qualité ou leur état réel. Inutile donc de surdétailler la marque de votre four ; l’algorithme n’en a que faire.

Plan d’action : optimiser votre saisie pour l’algorithme

  1. Structure (60%) : Soyez intraitable sur la précision de la surface loi Carrez et du nombre de pièces. C’est la base de tout.
  2. Performance Énergétique (25%) : Mentionnez explicitement un DPE récent et favorable (classe A à D). Si vous avez fait des travaux d’isolation, c’est l’information à mettre en avant.
  3. État Général (10%) : Choisissez l’option « refait à neuf » ou « bon état » si des rénovations significatives (électricité, plomberie, sols) ont été faites récemment, même si la décoration n’est pas au goût du jour.
  4. Équipements (5%) : Cochez systématiquement la présence d’un garage, d’une cave ou d’une piscine. Ce sont des bonus automatiques.
  5. Travaux cosmétiques : Ne vous attardez pas sur la description de la peinture ou de la cuisine équipée. Ces éléments sont peu, voire pas, valorisés par les modèles automatisés.

Pourquoi une annonce en ligne depuis plus de 60 jours devient suspecte aux yeux des acheteurs ?

Un acheteur qui voit un bien en ligne depuis 90 jours sait qu’il est en position de force. Sa première offre sera systématiquement très basse, car il parie sur le ‘désespoir’ du vendeur.

– Expert immobilier, Peter Jorgensen Consulting

Sur le marché immobilier digital, le temps est un ennemi. Les portails immobiliers fonctionnent comme des flux d’actualités : la nouveauté attire l’œil. Un bien qui stagne en ligne pendant plus de deux mois sort de ce cycle de la découverte et entre dans une zone de méfiance. Pour les acheteurs actifs et informés, qui scrutent quotidiennement les nouvelles annonces, une propriété qui reste visible trop longtemps devient un signal de problème potentiel. Leur raisonnement est simple et souvent impitoyable : « Si ce bien était au bon prix et sans défaut majeur, il serait déjà vendu. »

Cette perception déclenche une spirale négative. Passé le cap des 60 à 90 jours, le bien n’attire plus les acheteurs « au prix », mais une nouvelle catégorie d’acquéreurs : les chasseurs de bonnes affaires et les négociateurs. Ces derniers voient la longévité de l’annonce non pas comme un défaut du bien, mais comme une faille dans la stratégie du vendeur. Ils interprètent cette stagnation comme un signe d’impatience, de besoin de vendre, voire de désespoir. La question n’est plus « Combien vaut ce bien ? » mais « Jusqu’où le vendeur est-il prêt à baisser ? ».

Le vendeur se retrouve alors dans une position de faiblesse psychologique. Les rares offres qu’il reçoit sont souvent très en deçà de ses attentes, parfois même perçues comme insultantes. Il est pris entre le marteau de la nécessité de vendre et l’enclume d’un prix de marché qui s’est dégradé à cause de son erreur de positionnement initiale. Le temps qui passe ne joue plus en sa faveur ; il joue contre lui, renforçant le pouvoir de négociation des acheteurs et érodant sa propre capacité à défendre la valeur de son patrimoine.

C’est pourquoi l’enjeu du juste prix dès le départ est si critique. Il ne s’agit pas seulement de vendre plus vite, mais de vendre dans de bonnes conditions, en conservant le contrôle du processus de négociation. Un bien qui part en quelques semaines est un bien qui a suscité le désir et la compétition, plaçant le vendeur en position de force. Un bien qui s’éternise est une proie facile pour les offres opportunistes.

Avis de valeur pour prêt relais : pourquoi la banque applique-t-elle une pondération de sécurité ?

L’estimation immobilière prend une dimension encore plus critique lorsqu’elle sert de base à un montage financier, comme un prêt relais. De nombreux propriétaires vendeurs comptent sur la vente de leur bien actuel pour financer leur futur achat. Ils se basent sur l’estimation la plus optimiste (souvent celle d’un portail en ligne) pour calculer leur budget, sans savoir que leur banquier a une lecture radicalement différente et bien plus conservatrice de la situation.

Une banque ne raisonne pas en termes de « prix de marché » mais en termes de « risque ». Pour elle, la valeur de votre bien n’est pas le prix auquel il *pourrait* se vendre, mais le prix auquel il *se vendra certainement et rapidement* en cas de problème. C’est ce qu’on appelle la valeur de vente forcée. Pour se prémunir contre les aléas du marché (baisse des prix, délai de vente allongé), l’établissement financier applique systématiquement une pondération de sécurité, ou une décote, sur l’avis de valeur que vous lui présentez. Cette décote varie généralement de 20% à 30%.

Calcul de la décote bancaire sur un bien de 500 000 €

Prenons un bien estimé à 500 000 € par un agent immobilier. Le vendeur, confiant, intègre ce montant dans son plan de financement. Cependant, pour le calcul du prêt relais, la banque applique sa politique de risque. Avec une décote de 25%, la base de calcul retenue ne sera que de 375 000 €. Si le vendeur s’était basé sur une estimation en ligne optimiste de 550 000 €, l’écart avec la valorisation bancaire atteint 175 000 €, rendant le montage financier initial complètement caduc et potentiellement bloquant l’ensemble du projet d’achat.

Cette pratique n’est pas négociable ; elle est dictée par les politiques internes de gestion du risque et les exigences réglementaires. Il est donc absolument illusoire de penser que la banque financera un prêt relais sur la base de 100% de la valeur estimée. Pour éviter une cruelle désillusion, le vendeur doit anticiper cette réalité. La méthode la plus prudente pour estimer le montant de son futur prêt relais est de prendre l’estimation la plus basse et la plus réaliste obtenue, et d’en retirer soi-même 25%. Ce calcul conservateur vous donnera une base solide et réaliste pour discuter avec votre banquier et sécuriser votre projet.

À retenir

  • Les estimateurs en ligne ne sont pas neutres : leurs résultats sont influencés par des biais algorithmiques et des stratégies commerciales (captation de leads, offre d’achat rapide).
  • Une surévaluation de 10% ne fait pas vendre plus cher, mais fait perdre en moyenne 6 mois et conduit souvent à une vente finale en dessous du prix de marché initial.
  • L’expertise humaine (agent ou notaire) reste indispensable pour valider une fourchette de prix, en intégrant des facteurs non-quantifiables (cachet, état, demande locale) que les algorithmes ignorent.

Estimation immobilière : pourquoi surestimer votre bien de 10% vous fait perdre 6 mois ?

Nous arrivons au cœur du problème : la surévaluation n’est pas une stratégie de négociation, c’est une erreur tactique qui coûte du temps et de l’argent. Surestimer son bien de 10%, en pensant se garder une « marge de manœuvre », est le chemin le plus court pour geler une vente pendant plus de six mois et, paradoxalement, vendre en dessous du prix que l’on aurait pu obtenir. Cette réalité est encore plus marquée dans les marchés immobiliers en tension ou en phase de correction, où les acheteurs sont particulièrement vigilants.

Le mécanisme est implacable. Un prix affiché 10% au-dessus de la valeur de marché place immédiatement votre bien hors de la zone de recherche de sa cible d’acheteurs naturels. Ceux qui ont le budget pour votre bien ne le voient pas, car ils filtrent à des prix inférieurs. Ceux qui le voient n’ont pas le budget et l’ignorent. Votre propriété devient invisible pour ceux qui pourraient réellement l’acheter. Comme nous l’avons vu, cela mène à une stagnation de l’annonce, qui devient un signal de méfiance et ouvre la porte à des négociations agressives. L’analyse des données DVF montre que les écarts de 20% sont courants en zones rurales ou pour les biens atypiques, rendant le risque de surévaluation encore plus élevé dans ces contextes.

De plus, le contexte macro-économique d’une ville a un impact direct sur la sanction d’une surévaluation. Dans un marché dynamique comme Nice, une légère surévaluation peut être absorbée. Mais dans des marchés en baisse comme Paris ou Lille, c’est une condamnation à l’attente.

Évolution des prix dans les grandes villes françaises et impact sur les délais
Ville Évolution 2024 Impact sur délai de vente si surévalué
Paris -6,5% +45 jours
Nice +6% Marché dynamique
Marseille +1,7% Stable
Lille -5,6% +60 jours

En définitive, la fixation du prix n’est pas le début de la négociation, c’est le fondement de toute votre stratégie de commercialisation. Un prix juste attire les bons acheteurs, crée une dynamique positive et vous place en position de force. Un prix surévalué vous condamne à une attente coûteuse et à une négociation subie. Le vrai enjeu n’est pas d’afficher le plus gros chiffre, mais le chiffre le plus intelligent.

Pour mettre en pratique ces conseils et éviter les pièges de l’estimation, l’étape suivante consiste à obtenir un avis de valeur précis et argumenté, réalisé par un professionnel qui maîtrise les subtilités de votre marché local.

Questions fréquentes sur la fiabilité des estimations immobilières

Quelle est la différence juridique entre l’avis de valeur de l’agent et l’expertise du notaire ?

L’agent produit un « Avis de Valeur », qui est un document à visée commerciale pour obtenir un mandat de vente, sans valeur juridique contraignante. Le notaire, quant à lui, produit une « Expertise de valeur vénale », un document juridique officiel utilisé dans des cadres légaux comme les successions, les divorces ou les déclarations fiscales.

Lequel est le plus fiable pour fixer un prix de vente ?

Les deux sont complémentaires. L’agent immobilier a une connaissance pointue du marché actuel, de la demande instantanée et des attentes psychologiques des acheteurs. Le notaire dispose de l’historique complet et factuel des transactions via la base de données notariale (Perl/Perval). Pour une vente, l’avis de l’agent est plus opérationnel, tandis que celui du notaire offre un ancrage patrimonial solide.

Pourquoi y a-t-il souvent un écart entre les deux estimations ?

L’écart provient de leurs objectifs différents. L’agent immobilier vise à déterminer un « prix de commercialisation » efficace pour une vente dans un délai raisonnable sur le marché à l’instant T. Le notaire cherche à établir une « valeur vénale » stable et objective, basée sur l’historique des ventes passées, ce qui la rend moins sensible aux fluctuations à court terme du marché.

Qu’est-ce que la ‘valeur de vente forcée’ retenue par les banques ?

C’est une estimation prudente du prix minimum auquel un bien pourrait être vendu rapidement (généralement en 3 à 6 mois) en cas de défaut de paiement de l’emprunteur. Elle correspond typiquement à 70% ou 80% de la valeur de marché estimée, servant de garantie pour la banque.

Peut-on négocier cette décote avec la banque ?

Il est très rare de pouvoir négocier cette décote. Elle est généralement fixée par les politiques de gestion du risque internes de la banque et encadrée par des exigences réglementaires prudentielles. Elle n’est pas spécifique à un client mais s’applique de manière standardisée.

Comment anticiper le montant réel du prêt relais ?

La méthode la plus sûre est d’adopter une approche conservatrice. Prenez l’estimation de marché la plus basse et la plus réaliste que vous ayez obtenue (idéalement celle d’un professionnel), puis appliquez vous-même une décote de 25%. Vous obtiendrez ainsi une base de calcul réaliste pour votre plan de financement et vos discussions avec la banque.

Rédigé par Claire Montagne, Chasseuse immobilière et ancienne directrice d'agence. Spécialiste de la transaction, de l'estimation de marché et de la négociation pure pour les zones tendues.